CSRD “Omnibus” : simplification ≠ disparition
Depuis plusieurs mois, la CSRD est souvent évoquée sous l’angle de la “simplification”. Pour beaucoup de dirigeants de PME, ce message est interprété comme un signal de désengagement : la réglementation serait allégée, voire repoussée, et donc moins prioritaire.
Cette lecture est réductrice.
La proposition dite “Omnibus” vise avant tout à ajuster le cadre réglementaire et à limiter certaines charges administratives. Elle ne remet pas en cause la dynamique de fond : les exigences RSE continuent de s’intensifier dans les chaînes de valeur, et les PME en sont déjà directement impactées.
Une simplification réglementaire, pas un changement de trajectoire
La Commission européenne a engagé un travail de rationalisation de la CSRD afin de rendre le dispositif plus proportionné et plus lisible, notamment pour les entreprises de taille intermédiaire et les PME. Cette démarche s’inscrit dans une volonté plus large de simplification réglementaire au niveau européen.
Il est toutefois essentiel de distinguer deux choses :
la simplification porte sur les modalités de reporting et sur certaines exigences formelles, mais elle ne remet pas en cause les enjeux ESG eux-mêmes. Les thématiques environnementales, sociales et de gouvernance restent au cœur des attentes européennes, économiques et sociétales.
Autrement dit, la CSRD évolue dans sa forme, mais pas dans son ambition.
La chaîne de valeur reste le véritable point de pression pour les PME
Même lorsque les obligations directes sont allégées, les entreprises soumises à la CSRD doivent toujours analyser les impacts et les risques sur l’ensemble de leur chaîne de valeur. Elles doivent être en mesure de démontrer que leurs fournisseurs et partenaires respectent un certain nombre de critères ESG.
Dans la pratique, cela se traduit déjà pour de nombreuses PME par des demandes croissantes de la part de leurs clients : questionnaires RSE, exigences de traçabilité, demandes de preuves documentées, audits fournisseurs, ou clauses contractuelles intégrant des engagements ESG.
La CSRD n’est donc pas “supprimée” pour les PME.
Elle agit par effet de ricochet, via les relations commerciales et les attentes du marché.
Le risque principal : une réponse désorganisée et opportuniste
Face à ces sollicitations, beaucoup de PME adoptent une approche réactive. Les réponses sont produites au cas par cas, souvent dans l’urgence, sans cadre commun ni vision d’ensemble. Les informations transmises varient d’un client à l’autre, les indicateurs ne sont pas stabilisés, et la connaissance des enjeux repose sur un nombre limité de personnes.
Cette situation génère plusieurs fragilités : perte de temps, incohérences, fatigue organisationnelle, et surtout affaiblissement de la crédibilité auprès des clients et partenaires. À moyen terme, cette improvisation peut devenir un véritable risque stratégique.
La simplification réglementaire ne protège pas contre ce type de dérive.
Anticiper sans complexifier : le véritable enjeu pour les PME
Pour une PME, l’objectif n’est pas de se lancer dans une démarche de reporting lourde ou disproportionnée. L’enjeu est de structurer un socle clair, cohérent et maîtrisé, permettant de répondre aux attentes ESG de manière crédible et répétable.
Cela suppose de clarifier les enjeux réellement pertinents au regard de l’activité, des clients et des risques opérationnels. Il s’agit également de disposer de quelques références communes, compréhensibles et partagées en interne, plutôt que d’une accumulation de documents.
Lorsque la RSE est reliée à la gestion des risques et à la gouvernance, elle cesse d’être un exercice déclaratif. Elle devient un outil de pilotage, utile pour orienter les décisions, sécuriser les relations commerciales et renforcer la robustesse de l’organisation.
La CSRD “Omnibus” comme opportunité de structuration
Dans ce contexte, la simplification annoncée peut être vue comme une opportunité pour les PME. Elle offre un espace pour prendre du recul, clarifier les priorités et construire une approche proportionnée, sans subir une pression réglementaire immédiate.
Les PME qui anticipent cette évolution sont généralement plus à l’aise pour répondre aux demandes de leurs clients, plus cohérentes dans leur discours et mieux préparées aux évolutions futures. À l’inverse, celles qui attendent risquent de se retrouver sous contrainte, avec peu de marge de manœuvre.
L’approche ARISKAN
Chez ARISKAN, nous accompagnons les PME dans la compréhension des impacts réels de la CSRD, au-delà des effets d’annonce. Notre rôle consiste à aider les organisations à distinguer ce qui relève de l’obligation formelle, de ce qui constitue une attente stratégique du marché.
Nous intervenons pour structurer des démarches RSE proportionnées, utiles et alignées avec la gestion des risques et la gouvernance, sans créer de complexité inutile. L’objectif n’est pas de “faire de la CSRD”, mais de renforcer la capacité des PME à répondre aux exigences actuelles et futures de manière maîtrisée.
La CSRD se simplifie sur le plan réglementaire, mais elle ne disparaît pas du paysage économique. Les attentes ESG continuent de s’exprimer avec force dans les chaînes de valeur, et les PME sont déjà en première ligne.
La question n’est donc plus de savoir si une PME est formellement concernée, mais si elle est prête à répondre de manière crédible, cohérente et durable aux attentes de son écosystème.