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A quoi sert l’entreprise ? La question peut surprendre. Elle est cependant légitime à l’heure où la crise financière et économique remet en cause notre modèle de société.
De façon traditionnelle, l’entreprise est une entité productrice de biens ou de services répondant à la demande d’un marché, dans le but de créer un profit pour ses actionnaires. Au cours des dernières décennies, cette définition s’est restreinte, l’objectif étant de générer un profit maximal à court terme pour les actionnaires, ces derniers n’étant plus quelques investisseurs individuels ou institutionnels, mais un grand nombre de petits porteurs soucieux de la rentabilité immédiate de leur portefeuille. La bourse est ainsi devenu le seul indicateur d’arbitrage. Les mouvements ont explosé, dans l’espoir d’un profit rapide ou la crainte d’une perte. La valeur a cessé de représenter le profit potentiel pour fluctuer au gré des rumeurs. Le marché s’est déconnecté de la réalité économique. Il est devenu un jeu virtuel très instable. Cela ne pouvait pas durer. Les mouvements financiers n’ont jamais créé de valeur. Rappelez-vous cette histoire : deux bijoutiers juifs de Canal Street se revendent entre eux des bijoux, avec une marge confortable. Tous deux sont satisfaits, jusqu’au jour où l’un des deux vend ses bijoux à un tiers. Le système alors s’effondre immédiatement.
Le plus grave, c’est que pour afficher de bons résultats à court terme, les entreprises ont réduit leurs coûts, en faisant pression sur leurs fournisseurs et en augmentant la productivité de leurs salariés tout en réduisant la masse salariale. L’accès au crédit facile a permis quelque temps de maintenir l’illusion d’un maintien du pouvoir d’achat.
Deux mots résument cette évolution aux conséquences funestes : égoïsme et aveuglement.
Egoïsme car la satisfaction, voire l’enrichissement personnel ont non seulement prévalu, mais sont devenus des valeurs exemplaires. Les corsaires de l’entreprise, fortunes énormes en peu de temps, sont devenus des modèles, voire ont été nommés ministres ! Cet égoïsme montré en exemple a justifié bien des comportements asociaux : peu importe les dégâts, je veux réussir !
Aveuglement, car personne n’a voulu voir qu’un tel modèle n’était pas tenable. Que les entrepreneurs ou boursicoteurs se disent « après moi le déluge », passe encore, mais que l’état, garant de la pérennité de la société, ferme les yeux – voire même soit séduit par le chant des sirènes « Bling Bling » - voilà qui est intolérable.
Cette crise nous servira-t-elle a prendre conscience de nos erreurs ? Remplacerons nous l’égoïsme par la solidarité, sans laquelle aucune société ne peut survivre ?
Ne faison pas d’angélisme. La solidarité est une valeur peu compatible avec l’économie libérale non contrôlée.
Il faut donc introduire du contrôle, mais sans pour autant tomber dans un modèle « soviétique » qui a montré ses limites.
Deux voies s’ouvrent aux gouvernants : la réglementation ou le contrôle.
La première voie consiste à construire un cadre légal et réglementaire limitant en amont l’espace de liberté de l’entreprise. Par exemple, interdire les licenciements lorsque l’entreprise fait des profits. Un tel cadre n’est pas réaliste, car il suppose que les règles soient les mêmes dans tous les pays.
La seconde voie est d’imposer aux organisations qu’elles justifient que leurs activités sont créatrices de valeur pour toutes les parties prenantes, et pas seulement pour ses actionnaires. Nous parlons ici d’organisations, et non plus seulement d’entreprises, car cette voie concerne aussi les collectivités publiques.
Comment donc mettre en œuvre cette seconde voie ?
En premier lieu, un cadre normatif doit permettre de mesurer ces performances. C’est ici que Gestion des risques et Création de valeur se rejoignent.
En effet, gérer une organisation, n’est-ce-pas savoir prendre les « bons risques » ?
Reste à définir les risques : ce sont les évènements fortuits ou voulus ayant un impact sur les attentes des parties prenantes.
Mais qui sont les parties prenantes ? Ce sont tous ceux qui sont affectés directement ou non par les activités de l’entreprise. Ce sont les actionnaires (ou les contribuables), les salariés, les fournisseurs, les clients, les administrés. Ce sont aussi les citoyens, soucieux d’éthique, de qualité de vie, de développement durable. C’est enfin l’état garant du respect de la loi.
La mesure de la création de valeur a donc pour image « en creux » la mesure de la prise de risque pour toutes les parties prenantes.
La cartographie globale des risques devient ainsi non seulement un outil de pilotage des organisations, mais aussi un système normé de communication sur le rôle sociétal de l’organisation.

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